jeudi, juin 29, 2017
   
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Ducarme : « Prohiber d’emblée les départs vers la Syrie »

RADICALISME Le député propose une mention dans le futur accord de gouvernement. Pour Denis Ducarme, il faut incriminer toute participationà un groupe radical armé.

En mars, après trois ans de guerre, près de 250 Belges au total ont gagné la Syrie (Le Soir de vendredi). Un peu moins de la moitié étaient connus des autorités préalablement à leur départ, et à peine une quinzaine d’entre eux avaient un lien familial avec la Syrie. Bref, ces départs, dans leur majorité, n’étaient pas prévisibles, pas détectables. Par ailleurs, selon le chercheur norvégien Thomas Hegghammer, du Centre norvégien de recherche de défense (FFI), l’un des facteurs qui explique un volume inédit de départ de jeunes Européens musulmans vers la Syrie est le sentiment d’un « faible risque de sanctions légales » dans le pays d’origine « peu de pays sinon aucun ne semble poursuivre systématiquement les combattants étrangers qui reviennent de Syrie », notait le chercheur en décembre dans la revue Foreign Policy.

Le député Denis Ducarme (MR) accuse le gouvernement sortant de ne pas avoir su se mettre d’accord pour incriminer par arrêté royal les départs de jeunes vers les groupes radicaux armés de Syrie, malgré une proposition en ce sens qu’il avait fait remonter dans son parti. Et puisque la dissolution des Chambres lui donne l’opportunité de s’exprimer librement sur ce thème, il plaide pour une interdiction préalable des départs pour la Syrie via la loi du 1er août 1979 concernant « les services dans une armée ou une troupe étrangère se trouvant sur le territoire d’un État étranger ».

 

« On a tardé à envoyer le message d’une interdiction, estime, le député libéral, j’ai parfois le sentiment qu’on n’a pas pris conscience du danger que ces départs représentaient. » L’objectif d’une interdiction : rendre plus important l’obstacle du départ et prévenir ce départ « plutôt que d’agir de manière postérieure en cueillant certaines personnes à leur retour. On sait que la majeure partie des personnes qui sont parties ont plutôt été rejoindre des groupements à caractère radicaux. » Adoptée dans un contexte de lutte contre les engagements de Belges en Afrique centrale et plus spécifiquement au Congo, la loi de 1979 interdit la participation de Belges à des conflits armés extérieurs. « Cette loi prévoyait que le gouvernement pouvait prendre un arrêté qui interdise la participation des Belges dans un certain nombre de cas, rappelle Ducarme. Le PS, et en particulier sa vice-première, ont comparé la Syrie à la guerre d’Espagne, or cela n’a rien à voir : il y a aujourd’hui un risque lié au retour des djihadistes. »  Alors, faut-il que le gouvernement, en affaires prudentes, se saisisse à nouveau du dossier ?

Ce n’est pas la voie du député de Thuin : « De manière idéale, le dossier devrait figurer dans l’accord du futur gouvernement. On ne peut pas éviter de rouvrir le dossier, de le remettre sur la table pour forger une interdiction préalable. Le futur gouvernement devra envoyer ce signal. (...)

Pour les Belges qui en auraient commis, il faudra pouvoir mener des actions pénales à leur encontre pour crimes de guerre. » Rappelons que plus de cinquante Belges sont revenus de Syrie - et près d’une trentaine y seraient morts. Près d’un tiers de « returnees » font l’objet de poursuites judiciaires. 

Source Le Soir - 28/04/2014